Le 17 novembre, la Bibliothéque Nationale de France confirmait par voie de communiqué la sélection d’Amiens, parmi 72 candidatures, pour accueillir le nouveau Conservatoire national de la Presse et le Centre de conservation. Un terrain de 6,3 hectares entre la Citadelle et l’Hôpital nord devrait accueillir un bâtiment flambant neuf de quelque 15 000 m2. Si le coût du projet est estimé entre 70 et 90 millions d’euros, Amiens Métropole n’a pas hésité à mettre généreusement la main au portefeuille pour remporter l’appel.

A Bussy, où se trouve l’actuel Conservatoire national de la Presse, la mairie n’avait pas les moyens financiers pour supporter un tel engagement, près d’une centaine d’emplois dans la commune n’ont pas pu être sauvés au profit de l’agglomération amiénoise.

A Bussy, les salarié-es se sont battus pendant près d’un an pour conserver leur emploi dans la commune, en vain. Amiens a été désignée pour accueillir le nouveau Conservatoire national de la Presse.

Le nouveau Conservatoire national de la Presse sera implanté à Amiens d’ici 2028. Une bonne nouvelle pour les amiénois-es qui masque une autre réalité pour les salarié-es de l’actuelle structure. Cette succursale de la BNF qui n’a rien de nouveau, située à Bussy-St-Georges, en Seine-et-Marne, accueille quotidiennement 80 salarié-es. Des professionnel-les qui vont voir leur vie bouleversée dans les mois à venir. « Malgré une année de mobilisation à Bussy, il semblerait que nous n’avons pas été entendus et que nous comptions comme quantité négligeable » déclarent-ils piteusement au journal de La Marne.

Les salarié-es du site de la BNF installé à Bussy-Saint-Georges, le déménagement du Conservatoire national de la Presse a été acté le 17 novembre 2021. © Julia Gualtieri / actu.fr

Installée depuis 1995, l’actuel Conservatoire national de la Presse de Bussy devenait de plus en plus étroit. Pour répondre aux nouvelles exigences qu’imposent les fonds et leur numérisation, la BNF a lancé un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) pour accueillir un Conservatoire national de la Presse plus grand et plus moderne et réunir, par la même occasion, le Centre de conservation, situé actuellement dans la Sarthe.

Les critères de sélection réduisent drastiquement les candidatures trop éloignées. Pour être retenu, il faut être à moins de 2 heures de transport en commun de Paris ou bien encore pouvoir accueillir un bâtiment de 15 000 m² en dehors d’une zone environnementalement à risque. Yann Dubosc, le maire de Bussy-Saint-Georges, n’hésite pas à porter sa ville candidate. Un emplacement répondant aux critères est tout trouvé. Mais éliminée en deuxième sélection, la ville voit ses espoirs de garder le Conservatoire s’envoler. Pour le maire, la raison d’un tel départ est avant tout budgétaire: « La BNF demandait une participation comprise entre 20 et 30 millions d’euros. Malgré l’ambition du projet, il ne nous était pas possible d’investir autant sans risquer de priver des projets prioritaires pour le quotidien des Buxangeorgiens […] Un projet d’État, dont le financement et l’exploitation incombent à l’État, n’a pas à être supporté par les collectivités territoriales » explique t-il à Actu.fr.

Le site François Mitterrand de la BNF à Paris emploie plus de 2000 personnes. L’édifice dessiné par l’architecte Dominique Perrault, représente quatre livres ouverts, un symbole bien connu des étudiant-es de la rive-gauche © CC 2014

A Laval, même son de cloche. La ville également candidate a quant à elle retenu l’attention de la BNF jusqu’aux derniers instants, en septembre. Mais la BNF mise sur une agglomération capable d’endosser une grosse responsabilité financière et note une faiblesse dans le financement de la proposition de la commune de Mayenne. Dans un courrier adressé aux présidents de l’agglomération de Laval, elle explique que le « co-financement demeure faible au regard de l’estimation du budget du projet. »

Une déclaration qui laisse présager une participation plus que généreuse de la part d’Amiens Métropole. La BNF explique clairement sa décision:

« la proposition financière d’Amiens Métropole et de ses partenaires s’est révélée être la meilleure parmi les candidatures reçues »

Un accompagnement en ingénierie du projet est également proposé, avec une Maîtrise d’Ouvrage Déléguée assurée par le Conseil Régional des Hauts de France » précise t-on.

Après Alain Gest, le président d’Amiens Métropole, Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture s’est félicitée de ce choix qui « remplit le mieux l’ensemble des critères définis dans l’appel à manifestation d’intérêt, et notamment celui relatif au financement du projet qui sera assuré pour un tiers par l’État« .

Le restant du projet estimé entre 70 et 90 millions d’euros devrait être à la charge d’Amiens Métropole, soutenue par le département de la Somme et la région Hauts-de-France mais aussi l’Etablissement Public Foncier et la CCI Amiens-Picardie; une bagatelle que l’on peut estimer entre 20 et 50 millions d’euros.

Mais pour l’heure, aucune répartition des coûts n’a été communiquée. Le projet ne précise pas s’il y aura une augmentation effective du nombre d’emplois sur le site amiénois ou les conditions d’exercice des actuel-les salarié-es du Conservatoire national de la Presse de Bussy-Saint-Georges.