Alors que Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête du premier tour à Amiens avec 31,27%, juste devant Emmanuel Macron (30,05%), communistes et insoumis s’écharpent sur les réseaux sociaux, entre culpabilité de voir disparaître la gauche du second tour et désaccords sur le choix à faire d’ici dimanche entre abstention, blanc ou E.Macron face à Marine Le Pen; la bataille pour les législatives s’annonce rude.

Les Insoumis ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils souhaitaient l’union du PCF et d’EE-LV sans le PS pour les prochaines élections en juin. Une volonté qui inquiète certains communistes locaux qui craignent la fin du parti par manque d’élu-es.

Jean-Luc Melenchon, place de la République le 20 mars 2022 © REUTERS/S.Meyssonnier

La FI a adressé un courrier à de possibles partenaires, EE-LV et le PCF, les 14 et 15 avril, afin de rassembler la gauche aux prochaines élections législatives des 12 et 19 juin. La proposition laisse toutefois peu de place à la négociation : les insoumis proposent de rejoindre un label commun, celui de « l’Union populaire », pour défendre un programme construit à partir de celui de ‘L’avenir en commun' », programme le plus abouti et qui a recueilli le plus de voix. La future répartition des candidatures « pourrait être celle établie par les électeurs au premier tour de l’élection présidentielle, dans l’application du principe proportionnel » précise la France Insoumise.


Amiens: des relations tendues entre insoumis et communistes 

Mais dans la Somme et à Amiens, l’union d’EE-LV et du PCF autour de la FI sans le PS semble causer déjà bien des turpitudes chez les élu-es et militant-es. Pour Laurent Beuvain, conseiller départemental PCF sur le canton d’Etouvie, la proposition, si elle se conçoit, parait sévère pour le parti: « Je la ressens comme une « humiliation » et une provocation. Mais il semble que mon interlocutrice hier (Zahia Hamdane conseillère des Hauts-de-France LFI NDLR) n’y trouve rien à redire, sinon justifier comme légitime cette adresse. Je n’ai pas souvenir avoir connu telle pratique car en filigrane c’est poser au PCF l’impossibilité de prétendre au financement public.

« Si jamais la FI maintient son diktat de 40 a 44 circonscriptions dévolues au PC… cela veut dire qu’en deçà de 50 candidatures dans 50 circonscriptions le PCF sera privé du financement public selon la loi »

Effectivement, pour l’heure, difficile d’imaginer EE-LV et le PCF accepter ces conditions. Sur le plan national, avec 21,95 % des voix obtenues le 10 avril, Jean-Luc Mélenchon a réalisé un score supérieur à ceux de Yannick Jadot (4,63 %) et de Fabien Roussel (2,28 %). Si la distribution des candidatures devait se faire selon la proposition de LFI, le PCF et EE-LV risqueraient d’être absorbés par « l’Union populaire ». De plus leur participation serait en effet insuffisante. D’une part, pour leur permettre d’accéder au financement public des partis politiques car il faut pour cela faire 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions et d’autre part, pour faire élire au moins 15 députés du même parti, seuil minimal pour obtenir un groupe parlementaire.

« Ajoutez à cela des sortants communistes qui risquent d’être concurrencés et fragilisés par des candidatures FI , c’est également la disparition d’un groupe communiste à l’Assemblée » déplore Laurent Beuvain.

Drapeau du Parti Communiste Français, photo d’illustration © France TV

« Toutes les forces de gauche doivent agir ensemble »

De son côté, le comité exécutif national du PCF répondait ce samedi à la LFI qu’il était prêt à discuter des « propositions » et en avait également à soumettre, « en visant une base d’accord partagé sur l’ensemble des questions »  car selon le PCF « toutes les forces de gauche doivent agir ensemble » et « dans le respect de leurs résultats aux échéances électorales et de leurs spécificités« .

Fort mal engagé suite aux résultats du candidat Fabien Roussel, le PCF comme EE-LV, jouent également leur avenir. Le tiraillement entre luttes politiques cruciales et sauvetage d’appareils politiques se fait de plus en plus visible, écornant toujours un peu plus au passage, une confiance des citoyen-nes vis-à-vis de la Ve République, déjà bien mal-en-point.

 

 

 

DT