Alain Gest, président (LR) d’Amiens Métropole, a décidé de saisir en juin dernier le Conseil d’Etat pour défendre les aménagements urbains engendrés par l’arrivée des bus Némo dans l’agglomération. Dans le collimateur, l’association Véloxygène qui réclamait des aménagements décents pour les cyclistes dans la rue St-Fuscien et dans la chaussée Jules Ferry. Après plusieurs années de procédure entre les deux partis, le Conseil d’Etat a donné raison aux cyclistes amiénois, admettant, une bonne fois pour toutes, que les pourvois d’Amiens Métropole étaient irrecevables.

« Par une décision du 28 décembre 2021, le Conseil d’Etat, saisi par Amiens Métropole contre notre association, n’a pas admis les recours en cassation de la collectivité car ceux-ci ne sont fondés « sur aucun moyen sérieux » » s’enthousiasme l’association de défense des cyclistes. La nouvelle, communiquée fin décembre, clôture une année de combats acharnés pour l’association amiénoise Véloxygene.

Le Conseil d’Etat a été saisi par Amiens Métropole suite aux arrêtés rendus en mars 2021 par la Cour administrative d’appel de Douai condamnant la communauté d’agglomération à verser 3000€ pour défaut d’aménagement cyclable dans les voies Jules Ferry et St-Fuscien. L’association avait également décidé de poursuive Amiens Métropole concernant l’état de la rue de la République mais ses réclamations n’avaient pas été entendues pour cette voie du centre-ville. L’association avait donc été condamnée à verser 1500€ à l’agglomération.

Une politique pro-automobile assumée 

Insatisfait de cette décision, Alain Gest, président d’Amiens Métropole, a saisi le Conseil d’Etat. Pour l’élu, bien connu pour ses positions pro-automobiles, la Cour administrative d’appel de Douai « a rendu deux arrêts irréguliers » et accusait l’association Véloxygene de rétention d’informations: « certains des mémoires produits par l’association Véloxygène ne lui ont pas été communiqués, et ne figurent pas dans les visas des arrêts attaqués, en méconnaissance du principe du contradictoire. »

Pour défendre son aménagement urbain, Amiens Métropole reprochait également à la Cour administrative d’appel de Douai qui avait donné raison à Véloxygene, de « substituer sa propre appréciation au projet de construction de pistes cyclables sur la rue St-Fuscien et au projet d’aménagement de la chaussée Jules Ferry, alors qu’elle aurait dû s’en tenir à n’exercer sur les décisions litigieuses qu’un contrôle de l’erreur manifeste d’appréciation. » La communauté d’agglomération accusait la Cour d’appel de limiter les aménagements possibles aux seuls énumérés à l’article L.228-2 du code de l’environnement comme les pistes, bandes cyclables et voies vertes.

Pour Amiens Métropole, la rue Saint-Fuscien et la chaussée Jules Ferry étaient trop étroites et les « besoins de places de stationnement » trop forts pour aménager « quelque chose pour les vélos. »

En comparant chronologiquement les captures de Google Street View de la chaussée Jules Ferry, le constat est tout autre. Les voies sont inchangées, le bus emprunte le couloir central anciennement réservé aux véhicules et les cyclistes et piétons sont déversés sur les côtés parmi des places de stationnement toujours plus nombreuses.


Le stationnement en épi, reproché par l’association Véloxygene, et la largeur restreinte de la voie centrale dédiée aux bus ne permettent pas la circulation des vélos de façon sécurisée.

Une remise en question légitime

Les voies Ferry et St-Fuscien, refaites totalement ou en partie pour l’arrivée du Bus à Haut Niveau de Service en 2019, n’ont en réalité quasiment pas changé. Aucune prise en compte des cyclistes et des piétons ne peut être observée après les travaux. Dans la rue St-Fuscien, la création de nombreuses places de stationnement saute aux yeux dans un quartier où les maisons sont au beau milieu de parcs arborés avec garages.

Un constat partagé par le Conseil d’Etat qui a notifié que les pourvois d’Amiens Métropole ne pouvaient être admis. Une décision qui ne peut appeler aucun autre recours. « Cela signifie que nos victoires à la Cour administrative d’appel de Douai concernant la rue Saint-Fuscien et la Chaussée Jules Ferry s’imposent et ne sont plus susceptibles de recours. Amiens va devoir revoir sa copie pour la rue St Fuscien et la chaussée Jules Ferry et prendre en compte les besoins des cyclistes, en application de la loi qui n’est pas respectée par les aménagements actuels » conclut l’association.

En principe, l’agglomération qui a refait ces voies récemment, devrait reproposer de menus aménagements ou un plan de circulation propre aux cyclistes. En pratique, le président d’Amiens Métropole, Alain Gest, a déjà prévenu les riverains que certains aménagements devraient se faire au prix de quelques places de stationnement en moins.

Un commentaire

  • Lillie Fox dit :

    Bonjour, en tant que résidente de la partie de rue Saint-Fuscien concernée, je tiens à apporter quelques précisions. Déjà sachez que, pratiquant les déplacements en vélo, je me réjouis de la récente décision en faveur des aménagements cyclables, toutefois, le cas de cette portion de rue est loin d’être aussi simple que vous semblez le suggérer, depuis 35 ans dans cette rue, il y a toujours eu de nombreux véhicules en stationnement car il n’y a pas que de grandes propriétés mais aussi un paquet d’utilisateurs (professions libérales, maisons sans accès, artisans en tout genre et à présent une grosse agence C.E. Votre photo de 2014 n’est pas très honnête car elle montre le côté stationnement interdit. Si vous êtes en manque de photos, je peux vous en fournir d’avant les travaux avec un tas de véhicules en stationnement anarchique. Toutefois, sachez que de nombreux riverains qui n’en peuvent plus de la circulation délirante, de la vitesse, de la pollution, verraient assez bien un sens unique pour cette portion de rue.