Ce samedi 23 septembre, dans plusieurs villes de France, se tient une grande marche pour la justice sociale, contre les violences policières et contre le racisme. A Amiens, contrairement à Lille ou à Paris, la manifestation a été fixée au départ de l’Hôtel de ville à 10h30. Malgré une réunion aux apparences démocratiques avec les différentes organisations locales de gauche dont la CGT, Amiens Anti Rep dénonce un manque de considération et de coordination dans l’organisation.

Des décisions qui selon le collectif, invisibilisent et instrumentalisent la parole des victimes de violences policières sur fond de mépris de classe entre militants et certaines directions locales.

Manifestation contre la réforme des retraites, Amiens, 2023. Photo d’illustration. © C.Foucard

C’est dans un café de la place Gambetta que l’on retrouve Isaac, Mélanie et Delphine. Au beau milieu de l’agitation qui règne ce samedi après-midi, les mines sont tirées et soucieuses. Sortant d’une réunion de préparation pour la Marche contre les violences policières et le racisme prévue ce samedi 23 septembre, les trois membres du collectif Amiens Anti Répression semblent bien amers.

Et pour cause, le collectif déplore une invisibilisation de la parole des victimes de violences policières et une instrumentalisation du combat: « Il faut arrêter de voler les luttes aux personnes concernées » lâche Mélanie qui a souvent fait les frais de cette technique politique, « les premiers concernés d’abord ! On ne peut pas exclure les jeunes des quartiers populaires de ce combat ! »

A Amiens, le rassemblement a été fixé ce samedi matin à 10h30, une décision arbitraire et sans réelle considération pour Amiens Anti Rep qui y voit un moyen de se débarrasser du sujet de la part des partis et organisations subventionnées. « On a l’impression qui veulent se débarrasser du sujet et surtout ne pas s’embêter un samedi après-midi avec une mobilisation contre les violences et le racisme d’Etat ! » surenchérit Isaac. « Ce que je reproche c’est qu’on organise une réunion, on discute et finalement les décisions ont déjà été prises en amont, on ne va pas se battre contre eux, on n’a ni les moyens ni la volonté, on devrait simplement être uni et ils devraient nous aider » poursuit Mélanie.

Derrière ce « ils » , sans jamais vraiment les nommer, on retrouve les organisations locales de gauche, politiques et syndicales, qui s’arrogent souvent le droit, d’après le collectif, de tout décider sans réelle considération sous des apparences démocratiques et sans jamais assumer les choix de façon transparente. Une forme d’instrumentalisation des combats que ces mêmes organisations peinent pourtant à porter au quotidien en interne. « Il y a une sorte de frilosité de tout ce qui vient de l’extérieur » souffle Isaac.

« C’est pas parce qu’on n’a pas un bac + 3 ou 5 qu’on ne peut pas nous prendre au sérieux »

Le collectif Amiens Anti Rep au sujet de l’organisation de la marche du 23 septembre

« Nos demandes étaient assez claires, Amiens Anti Rep souhaitait un départ à 14h30 de la Marche, mais surtout rendre hommage aux victimes, notamment sur le plan local en évoquant la mort de Lucien Barbier » , un syndicaliste cégétiste et communiste amiénois, tué en 1987 lors d’une manifestation, « mais aussi en faisant entendre la parole des victimes récentes » détaille Mélanie. Pour les membres du collectif, ces décisions sans considération reflètent le mépris de certains militants et responsables de partis, un mépris de classe inattendu pour des organisations syndicales ou politiques marquées plutôt à gauche. « C’est pas parce qu’on n’a pas un bac + 3 ou 5 qu’on ne peut pas nous prendre au sérieux » s’agace Mélanie.

Réseau d’entraide, vérité et justice lors d’une manifestation. © Amiens Anti Rep

Comme d’autres membres d’Amiens Anti Rep, plusieurs militants dénoncent un mépris encore prégnant chez les organisations et partis de gauche traditionnels, structurés et professionnalisés, vis-à-vis des classes populaires et de la jeunesse des quartiers. Un mépris identique selon le collectif, à celui envers le mouvement populaire des Gilets Jaunes.

« Tous les progressistes sont les bienvenus dans cette journée »

Contactée, la CGT de la Somme se dit peinée et déçue « de la réaction des camarades qui rangent la CGT comme une organisation de droite, qui squeezerait les quartiers populaires ! Comme à chaque fois, la CGT au plan national a été présente immédiatement lorsque le gouvernement a pris la décision d’interdire les manifestations contre les violences policières, suite à l’assassinat du jeune Nahel » se défend le bureau de l’Union Départementale CGT  de la Somme.

« L’appel au 23 concerne les violences policières et le racisme, l’ensemble des libertés mises en cause par le gouvernement Macron, qui a coup d’exactions par la police, de dissolution d’association, de convocation au poste de police, entend interdire toute voix dissidente. Au plan local, nous avons mis en œuvre une concertation de l’ensemble des signataires identifiés par nous (y compris ceux qui nous font aujourd’hui un faux procès) » tacle la CGT de la Somme. « Un large consensus s’était dessiné » à travers les échanges, explique le syndicat, preuves à l’appui.

« Sans doute l’initiative n’est pas parfaite, sans doute pourrons nous encore faire mieux, mais pour notre part nous entendons toujours rassembler largement, fédérer tous ceux qui se reconnaissent dans la condamnation nette de la dérive autoritaire grave qui est en cours. »

Le bureau départemental de la CGT de la Somme en réponse à Amiens Anti Rep

Et de conclure « une nouvelle fois, tous les progressistes, et militants attachés à la démocratie sont les bienvenus dans cette journée. Nous avons besoin d’être unis pour dire non à Macron. »

L’UNEF, également présente dans l’organisation proposait de son côté, deux manifestations; une proposition qui ne semble guère avoir été retenue.

 

DT